Déjà en 1600, Francis Bacon, philosophe anglais, s'interrogeait sur la certitude du savoir (scientifique). Comment être sûrs que notre savoir est complètement fiable ? Jusqu’à cette époque la tradition des anciens philosophes grecs favorisait la déduction logique ; mais cela ne suffisait pas à Bacon. Il montra que l’observation de la nature et l’expérimentation formelle étaient nécessaires pour confirmer une hypothèse. Ce concept reste vrai aujourd’hui ; les théories scientifiques sont examinées sous un grand nombre d’angles et doivent être répétées de manière fiable avant d’être considérées comme exactes.
Etudes sur la population
De nombreuses études scientifiques sont basées sur l’observation de populations spécifiques. Cette forme de recherche est connue sous le nom d’épidémiologie et a été utilisée pendant des siècles, principalement dans le domaine de la santé publique. Les premiers travaux se focalisaient sur le lien entre la peste et les mauvaises conditions d'hygiène. Aujourd’hui, une étude épidémiologique typique observerait les liens potentiels entre le cancer ou les maladies cardiaques, et les habitudes alimentaires, le mode de vie ou la génétique.
Cependant, ce genre de recoupements ne peut que souligner certains aspects des habitudes alimentaires ou du mode de vie méritant une étude plus approfondie ; ils n’impliquent pas nécessairement un rapport de cause à effet. Par exemple, si une étude démontre que les végétariens vivent plus longtemps que les personnes mangeant de la viande, il n’est pas possible pour autant de déterminer si cette différence est due aux habitudes alimentaires ou au résultat d’un mode de vie différent. Dans un monde où les facteurs influants sont multiples, il est quelquefois difficile de déterminer ce qui est réellement important. L'étude épidémiologique est le point de départ de nouvelles expérimentations plus poussées qui auront pour but d'examiner tour à tour chaque possibilité. De cette façon, il devient possible d’identifier les vraies causes.
Séparer le bon grain de l’ivraie
Les scientifiques connaissent les limites de la recherche, et dans le passé, n’importe quelle découverte scientifique était vigoureusement débattue et rigoureusement testée AVANT que le public n’en soit informé. Mais avec l’information instantanée, cette étape, ô combien utile, est souvent négligée, et l’on présente souvent au public de « nouvelles » découvertes avant même leur évaluation contradictoire. Comme tout le monde doit manger, la nutrition est un sujet qui intéresse souvent le public. Pour les non-scientifiques, déchiffrer une étude scientifique n'est pas chose facile. Comment peut-on déterminer l’importance et la pertinence d’une étude ? Doit-on modifier son alimentation ? Voici quelques indications qui vous aideront à séparer le bon grain de l’ivraie :
- Les changements alimentaires ne doivent pas être effectués sur la base d’une seule étude, en particulier si l’étude est la première du genre ou si ses résultats sont alarmants. Beaucoup d’autres études seront nécessaires pour confirmer ou infirmer les résultats.
- Vérifier quelle population a été étudiée. Si ce sont des jeunes femmes, les résultats ne s’appliqueront pas aux femmes plus âgées ou aux hommes. Il en va de même pour les études sur les animaux qui ne s’appliquent pas nécessairement aux humains.
- Des associations ou des corrélations ne prouvent pas toujours qu’il y ait cause ou effet. Des recherches supplémentaires sont toujours nécessaires pour vérifier si l’association existe vraiment.
Communication des risques
Le risque de confusion est également élevé lorsque dans une étude on parle de niveau de risque ou de bénéfice. En effet, une étude montre-t-elle qu’en consommant tel ou tel supplément, les risques de contracter une maladie sont diminués de moitié ? Très convaincant, certes, sauf si le risque de contracter la maladie est extrêmement faible à la base. Inversement, si la maladie est commune, diminuer de moitié le risque deviendrait alors un facteur très important.
La méthode scientifique
SLa science n’est pas immuable, elle doit être considérée comme faisant partie du dialogue entre les scientifiques. Des avis divergents entre les résultats des recherches montrent justement que la science est un processus dynamique et en perpétuelle évolution.
Documentation supplémentaire
Dunbar R (1995) The Trouble with Science. Faber and Faber. London ISBN 0-571- 17448-5s