1. Pourquoi l’agriculture joue-t-elle un rôle essentiel dans l’apport et la sécurité alimentaire ?
L’agriculture est le secteur économique mondial le plus puissant. Au niveau mondial, il y a plus de travailleurs dans ce secteur que dans tous les autres secteurs réunis.
Si l’on jette un coup d’œil dans le passé, les guerres, les famines et les épidémies de peste, les carences alimentaires ont été communes à toute l'histoire humaine. Beaucoup de prédictions ont dès lors suggéré que la production alimentaire ne serait pas capable de suivre l’explosion démographique. Jusqu'à présent, grâce aux inventions et aux innovations constantes, , l'homme a réussi à relever le défi.
La population mondiale augmente chaque année de 86 millions de personnes et les Nations Unies estiment déjà la population planétaire à plus de 6 milliards d’individus. D’ici à 2050, le cap des 9 milliards devrait être dépassé, malgré le fait que la proportion de personnes malnutries diminue lentement. On les estime aujourd’hui à 830 millions d’individus, dont près d’un quart d’enfants de moins de 5 ans.
2. Comment l’agriculture a-t-elle évolué ces dernières années?
Alors que beaucoup de méthodes agricoles de base sont restées les mêmes (les plantations, les récoltes, le bétail et le marketing), certaines techniques ont évolué radicalement au cours des années. Le fermier moderne a dû devenir de plus en plus un homme d’affaires, qui prend conscience des dépenses et des profits et accorde beaucoup d’attention au rendement et à la gestion des affaires.
En Europe, il y a eu une tendance vers la spécialisation des entreprises agricoles et le regroupement de fermes de petite taille en grandes coopératives. Les méthodes de production sont standardisées et raffinées. Au sein de l'UE, 6.9 millions de personnes sont employées dans le secteur agricole, la sylviculture et la pêche, qui représentent environ 4.5 % de l’emploi et 1.8 % du Produit intérieur brut de l'Union (1999). Les rendements moyens des récoltes ont augmenté de plus de 55 % depuis les années 1950, une période généralement considérée comme le commencement de la « Révolution Verte ». Les surfaces cultivées ont également augmenté, atteignant une taille moyenne de 18.4 hectares en 1997. Par des économies d'échelle, les fermiers peuvent augmenter le rendement et la productivité et employer des méthodes qui se prêtent à la mécanisation. L'accroissement de la mécanisation se traduit par le déclin, ces 50 dernières années, de la main d’œuvre engagée dans l'agriculture en Europe.
3. Quels sont les risques sanitaires dans l’agriculture et la production alimentaire ?
L'utilisation de techniques de croisements sélectifs, de fertilisants, d’herbicides, de pesticides et de fongicides dans l'agriculture a radicalement augmenté l'efficacité de la production. Ces méthodes de production modernes ont réduit le coût et ont augmenté la variété des produits alimentaires disponibles. Comme la production alimentaire est complexe, une approche systématique est nécessaire pour identifier des dangers potentiels à chaque point de la chaîne alimentaire afin d'éviter les contaminations et les intoxications dues aux aliments. Pour en savoir plus sur la sécurité alimentaire.
L'exposition des aliments aux produits chimiques agricoles et environnementaux constitue un grand souci pour le grand public. Mais, suite au développement de méthodes de détection sensibles, les traces de produits chimiques potentiellement dangereux peuvent être détectées dans beaucoup de denrées alimentaires. Heureusement, l’exposition humaine à ces produits chimiques est généralement bien en dessous des doses journalières admissibles et des limites légales émises par les comités internationaux. Néanmoins, il y a toujours des cas d'utilisation frauduleuse de substances chimiques et les analyses des produits alimentaires mettent parfois en lumière des résidus de pesticide de composés illégaux. Une surveillance constante et un contrôle de l’utilisation des pesticides sont donc très importants.
La contamination microbienne des aliments est la principale cause d’intoxications alimentaires et l’émergence de nouvelles souches pathogènes, comme l’E.Coli O157 et de la Salmonella enteritidis de type 4, inquiète particulièrement. Il y a cependant de bonnes raisons de croire que l’application de bonnes pratiques de fabrication a entraîné une diminution du nombre d’infections microbiologiques d’origine alimentaire.
| DANGERS ET RISQUES ASSOCIES A LA PRODUCTION ALIMENTAIRE |
| Dangers alimentaires | Niveau de risque |
| | Pays en voie de développements | Pays industrialisés |
| Contamination microbienne (i.e. bactéries, virus, parasites, moisissures et toxines d’algues) | Très élevé | Modéré |
| Toxiques naturellement présents dans l’aliment (i.e. alcaloïdes, toxines de légume, glycosides cyanogènes) | Elevé | Faible |
| Contaminants alimentaires (i.e. métaux lourds, produits chimiques organiques) | Modéré | Low |
4. Quels sont les pesticides utilisés et comment sont-ils légiférés ?
Les pesticides sont des produits chimiques protégeant les récoltes de l’attaque des insectes (les insecticides), des mauvaises herbes et des champignons (les herbicides et les fongicides) ou des rongeurs (rodenticides).
Les problèmes de nuisibles et leur gestion varient fortement en Europe et dépendent du climat, du type de sol et d'autres conditions. L'utilisation de pesticides permet la production d'une quantité suffisante de produits agricoles et de matières premières de qualité appropriée, pour un coût acceptable. Le contrôle des nuisibles chimiques a donc gagné une place centrale dans l'agriculture moderne, contribuant à l'augmentation spectaculaire des rendements réalisés ces récentes décennies pour les principales céréales, les fruits et les légumes. Le fermier bénéficie d’une production plus efficace, d’une meilleure qualité des matières premières et le consommateur, de la qualité de produits bon marché. L'utilisation de pesticides a aussi permis aux cultivateurs de produire dans des emplacements autrefois peu propices à la culture, de prolonger les périodes de culture, d’entretenir la qualité du produit et de prolonger sa durée de vie.
La plupart des produits chimiques employés comme pesticides sont cependant toxiques et les arguments principaux contre leur utilisation sont les risques qu’ils engendrent pour la santé et l’environnement. Ces « contrariétés » incluent des effets chroniques potentiels et forment la base de tous les règlements sur le contrôle de l'utilisation des pesticides, les consignes de sécurité et le contrôle des résidus dans les aliments.
L'approbation et l'utilisation des pesticides sont contrôlés par la Directive 91/414/EEC du Conseil de l'UE, qui concerne la mise sur le marché des produits phytosanitaires. Les pesticides subissent des tests rigoureux avant que leur enregistrement ne soit accepté par les autorités européennes ou nationales. Les études portant sur les pesticides doivent prouver que le produit, aux doses utilisées :
- A une utilité réelle et agira dans cette intention ;
- N’a pas d’effet secondaire négatif chez l’homme, soit durant son utilisation à la ferme, soit via ses résidus dans l’aliment ;
- N’a pas d’impact négatif sur l’environnement.
Des mesures complémentaires protègent les consommateurs des effets toxiques. Elles prévoient des limites maximales de résidus (LMR) dans les produits alimentaires pour des pesticides particuliers. Trois Directives en définissent le cadre légal:
- La directive 86/362/EEC, qui fixe les LMR sur et dans les céréales;
- La directive 86/363/EEC, qui fixe les LMR sur et dans les aliments d’origine animale (principalement la viande, le lait et leurs dérivés) ;
- La directive 90/642/EEC, qui fixe les LMR sur et dans certains aliments d’origine végétale, incluant des fruits et légumes. Pour les fruits et légumes, la directive 79/700/EEC établit aussi des méthodes d’échantillonnage pour le contrôle des résidus de pesticides.
Ces règlements sont appliqués dans tous les Etats membres de l'UE et des révisions régulières de la situation sont réalisées pour améliorer la coordination et la qualité des contrôles sur les résidus de pesticide dans l'alimentation. Les LMR des pesticides sont aussi renseignées sur les produits alimentaires pour bébé et petits enfants. L'utilisation des pesticides doit aussi prendre en considération l'équilibre entre les bénéfices obtenus pour la santé humaine et la dégradation l'environnement.
5. Quelle est l’état de la législation pour les autres contaminants ?
Les contaminants et autres substances indésirables peuvent entrer dans la chaîne alimentaire à tous les niveaux, de la fourche à la fourchette. Les exemples comprennent les toxines végétales naturelles, comme les aflatoxines et la contamination involontaire avec des métaux lourds, des dioxines ou d'autres substances. Les procédures de contrôle de la Communauté européenne pour les contaminants alimentaires ont été fixées dans le règlement 315/93/EEC du Conseil. Ce règlement définit "le contaminant" comme toute substance non intentionnellement ajoutée à l’aliment, mais qui est présente dans cet aliment suite à la production, la fabrication, la préparation, le traitement, l'emballage, le transport, le stockage ou suite à une contamination environnementale. D’autres matières comme les fragments d'insecte, les poils d’animaux etc. n’entrent pas dans cette définition.
Des taux de contamination maximale ont été fixés pour certains contaminants, notamment pour les mycotoxines et l’aflatoxine, en particulier. Ces contaminants naturels sont produits par des moisissures lors d’un stockage inapproprié. Des taux maximums sont établis pour les noix, les céréales, le lait, les fruits secs (les aliments les plus touchés).
L’arsenic, le plomb, le mercure et le cadmium, des métaux lourds, disposent aussi de limites maximales.
Le règlement 2377/90/EEC du Conseil établit les limites maximales pour les médicaments vétérinaires autorisés dans l’élevage et prohibe l’administration aux animaux de substances dangereuses et non autorisées, en particulier les substances ayant une action hormonale.
6. Comment s’effectue la surveillance de la chaîne alimentaire et quelles sont les parties responsables ?
Les gouvernements nationaux doivent se conformer à la législation européenne. Leurs programmes de surveillance couvrent un grand choix de contaminants potentiels et de substances indésirables, incluant les pesticides, les mycotoxines, les métaux lourds, les nitrates, les isotopes radioactifs et les résidus de médicaments vétérinaires. Les procédures de suivi s’effectuent à la source des matières premières, analysent la sensibilité des catégories de produit et se conforment aux limites et aux tolérances émises par l'UE et d'autres organismes internationaux. A titre d’exemple, la présence de résidus dans l’alimentation des enfants en bas âge et dans les aliments diététiques est particulièrement répréhensible. Dès lors, la vigilance est de rigueur pour de tels produits.
En plus de la surveillance générale, si les problèmes sont identifiés avec un contaminant spécifique, l'attention est concentrée sur ces composés. Des exemples typiques sont notamment le régulateur de croissance alar dans les pommes, les aflatoxines dans les noix, la patuline dans le jus de pommes et les produits de pommes, le plomb dans l'eau, etc.
7. Que sont les aliments biologiques et comment sont-ils légiférés ?
L'alimentation biologique est un secteur en forte croissance en Europe. Elle est définie par le produit d'un système agricole qui évite l'utilisation d’engrais synthétiques, de pesticides, de régulateurs de croissance et d’additifs alimentaires pour le bétail. En lieu et place, ces systèmes agricoles comptent sur la rotation des cultures, les engrais animaux et végétaux, le sarclage manuel et le contrôle des nuisibles biologiques.
Les principes de l’alimentation Bio sont les suivants :
- L’emploi d’un minimum d’engrais et pesticides;
- L’emploi de certains pesticides “naturels” ;
- L’établissement de critères pour les matériels autorisés, restreints et interdits;
- La tolérance de certains résidus de pesticides synthétiques par contamination croisée avec d’autres cultures ou avec un sol ayant reçu des pesticides synthétiques par le passé.
Parce que la production biologique est une filière spécifique, il est essentiel de s'assurer de l’authenticité des méthodes employées, de la production primaire jusqu’à la consommation. En 1991, l'Union européenne a approuvé la législation 2092/91, qui détaille comment un aliment biologique doit être élaboré, traité et empaqueté pour obtenir le label « Bio ». Le règlement donne aussi des informations détaillées pour la certification et les inspections des producteurs, des importateurs et des industriels.
Les produits bio sont-ils plus sûrs que les produits traditionnels?
Il n'existe aujourd’hui aucune preuve que l’alimentation bio soit plus sûre et plus nutritive que son homologue conventionnelle. Bien que les produits alimentaires bio ne puissent pas être définis comme « sans pesticide», l'utilisation directe d'autres produits chimiques "traditionnels" est interdite. Un des engrais les plus généralement employés dans la production « bio » est le fumier. Le fumier de basse-cour est aussi employé dans des méthodes de production conventionnelles. Dans les deux cas, leur utilisation doit être correctement gérée pour réduire le risque de contamination possible par des agents pathogènes (des bactéries, particulièrement l’E. coli 0157) et éviter la contamination possible de la terre et des eaux de surface.
Pour aider à réduire le risque de la contamination, les fruits et les légumes, qu’ils soient bio ou non, doivent être lavés soigneusement avant leur consommation. Pour en savoir plus sur le rôle du consommateur dans la sécurité alimentaire.
8. Qu’est-ce que la biotechnologie ?
Dans sa définition la plus large, la biotechnologie suppose toue technique qui emploie des organismes vivants pour fabriquer des produits, « améliorer » des plantes ou des animaux ou développer des micro-organismes à des fins spécifiques. Cette définition couvre les méthodes traditionnelles de croisements chez les végétaux, l'agriculture animale et la fermentation. Elle couvre aussi les méthodes de biotechnologie moderne, comme l'utilisation industrielle d'ADN recombinant, la fusion cellulaire et de nouvelles techniques bio-industrielles.
Une partie importante de la biotechnologie moderne repose sur la compréhension, le transfert et la modification des gènes, les unités qui stockent toutes les caractéristiques héréditaires, c’est-à-dire le rendement maximal d'une récolte, la couleur d'un fruit ou les enzymes produites par une souche de levure.
L'information contenue dans les gènes peut être transférée entre des espèces d’animaux différentes, des plantes ou des bactéries pour conférer des bénéfices spécifiques. A titre d’exemple, le gène pour une protéine bactérienne qui tue certaines larves d’insectes a été utilisée avec succès dans une gamme de récolte, réduisant ainsi le besoin d'insecticides. En plus du transfert de gènes entre espèces, il est aussi possible de supprimer des caractéristiques indésirables. Cette technique a été employée pour réprimer l’enzyme responsable du ramollissement de la tomate, ce qui donnait un produit avec des qualités de conservation améliorées.
L'introduction de la biotechnologie moderne dans l'agriculture européenne a suscité un grand débat dans notre société. Très peu de cultures transgéniques sont actuellement autorisées dans l’Union.
9. Que signifie le terme « agriculture durable » ?
La croissance de la population et l’amélioration du niveau de vie dans beaucoup de pays ont abouti à une augmentation de la consommation et a accru les demandes au niveau des ressources naturelles mondiales.
Par définition, le caractère durable réfère à la viabilité d'un système à long terme. L'agriculture durable aspire à cultiver des produits alimentaires d’une manière efficace et productive en préservant et en améliorant l'environnement et la vie des communautés locales. Le concept d'agriculture durable inclut des activités comme le maintien à un niveau le plus bas possible de l’utilisation des engrais et des pesticides afin de garantir que les effets défavorables sur l'environnement sont réduits au minimum. Elle suppose aussi l’amélioration des conditions de vie des communautés locales en apportant du travail et en veillant à la protection de l’environnement.
Cette approche varie évidemment en raison des différences locales, de l'environnement et des cultures. Le but avoué, cependant, est de préserver et d’améliorer des conditions environnementales tout en favorisant un rendement de production optimale.
10. Quels sont les défis futurs de l’agriculture et de l’industrie alimentaire ?
Les défis de l’agriculture et de l’industrie alimentaire pour le 21e siècle sont les suivants:
- L’équilibre entre les réserves alimentaires mondiales et les besoins;
- l'impact de l'agriculture sur l’emploi rural et les niveaux de revenu;
- les conséquences des technologies agricoles modernes et le bien-être humain et animal;
- les effets du système sur le caractère durable de l'environnement mondial.
A l’heure actuelle, les agriculteurs, les industriels et les distributeurs veulent incorporer les découvertes dans la connaissance de l’aliment et les nouvelles technologies afin d’assurer la quantité, la sécurité, la qualité, le choix, la variété, la commodité et caractère agréables des aliments. Le public a sans nulle doute besoin d’être informé sur la chaîne alimentaire pour comprendre comment elle fonctionne et comment chaque acteur du secteur travaille au mieux pour satisfaire à ses exigences et ses espérances.
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THE BASICS 06/2006