Les aliments allégés ou sans matières grasses sont-ils toujours plus sains ?

Dernière mise à jour : 06 October 2026
Table des matières

    Points clés à retenir

    • Les mentions « faible en matières grasses » ou « sans matières grasses » ne décrivent que la teneur en matières grasses d’un produit alimentaire, et non sa qualité nutritionnelle globale.
    • Les produits allégés en matières grasses peuvent parfois contenir davantage de sucres ou de sel ajoutés pour compenser la perte de goût. Pour rappel, il est recommandé de limiter autant que possible notre consommation de sucres ajoutés et de ne pas dépasser 5 g de sel par jour.
    • Les graisses sont essentielles à une alimentation saine et équilibrée, mais le type de graisse importe plus que la quantité. Les recommandations en matière de santé mettent l'accent sur la limitation des graisses saturées et trans plutôt que sur l'élimination totale des graisses.
    • Les allégations « faible teneur en matières grasses » peuvent créer une « aura de santé », donnant l'impression que les aliments sont plus sains et incitant les gens à en consommer des portions plus importantes.
    • Les options « allégées » peuvent toutefois être bénéfiques lorsque la teneur en matières grasses est réduite sans ajout de sucre, de sel ou de calories supplémentaires, notamment dans le cas de besoins alimentaires ou de santé spécifiques..
    • Pour faire des choix éclairés, consultez le tableau nutritionnel et la liste des ingrédients plutôt que de vous fier uniquement aux allégations et aux promesses écrites sur l’emballage.

    Les produits « allégés en», « à teneur réduite en » et « sans » matières grasses envahissent les rayons des supermarchés et suscitent souvent un attrait immédiat pour leur aspect « sain ». Cette mode remonte aux années 1990, lorsque les graisses alimentaires étaient largement tenues pour responsables de la prise de poids et des maladies cardiaques. Si la réduction de certains types de graisses peut contribuer à une alimentation équilibrée, choisir des aliments simplement parce qu’ils sont étiquetés « allégés » ne garantit pas qu’ils soient bons pour la santé. Démystifions ce mythe et découvrons les faits et les idées fausses qui se cachent derrière.

    Il est important de faire la distinction entre les aliments naturellement pauvres en matières grasses, tels que de nombreux fruits, légumes, céréales, légumineuses voire certains produits laitiers frais, et les produits transformés commercialisés comme des versions « allégées » d’aliments existants. Cet article se concentre principalement sur les produits reformulés pour réduire leur teneur en matières grasses, car ce sont eux qui sont le plus susceptibles de semer la confusion quant à leur caractère soi-disant « sain ».

    Réalité : les aliments allégés ou sans matières grasses sont moins riches en matières grasses, mais ne sont pas automatiquement plus sains.

    En Europe, les allégations figurant sur les produits alimentaires telles que « faible teneur en matières grasses », « sans matières grasses » ou « allégé » sont strictement réglementées :

    • Un produit peut être qualifié de « faible teneur en matières grasses » s’il ne contient pas plus de 3 g de matières grasses pour 100 g pour les aliments solides, ou 1,5 g pour 100 ml pour les liquides.
    • « Sans matières grasses » signifie qu’il contient moins de 0,5 g de matières grasses pour 100 g/ml,
    • « Allégé en matières grasses » signifie que la teneur en matières grasses est inférieure d’au moins 30 % à celle d’un produit similaire.1
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    Figure 1. Que signifient les différentes allégations nutritionnelles figurant sur les produits alimentaires ?

    Bien que ces mentions indiquent une teneur en matières grasses plus faible, elles ne vous indiquent pas si le produit est globalement bon pour la santé. Les matières grasses contribuent à plusieurs attributs sensoriels des aliments, allant de la saveur à la texture, en passant par l'onctuosité et la fonte en bouche.2 Au-delà du goût et de la texture, les matières grasses alimentaires jouent également un rôle nutritionnel important en favorisant la satiété et en aidant l'organisme à absorber les nutriments liposolubles telles que les vitamines A, E et K. En éliminant la matière grasse d’un aliment, les qualités sensorielles comme certaines fonctions nutritionnelles peuvent être affectées.

    Pour compenser la perte de qualités sensorielles, les fabricants peuvent parfois augmenter le taux de protéines, via notamment des protéines de lait ou du blanc d’œuf, mais aussi augmenter le taux de glucides, en utilisant des amidons, des maltodextrines ou des gommes.3 Les produits allégés en matières grasses ou sans matières grasses peuvent également être enrichis en sucres ou en sel ajoutés pour compenser ces pertes.4,5 Une consommation élevée de sucres et de sel ajoutés est associée à des effets néfastes sur la santé, tels que la prise de poids et un risque accru de maladies cardiovasculaires.6,7 C'est pourquoi la mention « allégé » ne garantit pas à elle seule un choix plus sain. Certains biscuits, yaourts aromatisés, sauces ou desserts allégés en matières grasses peuvent s'avérer tout aussi riches en calories que leurs versions non allégées.

    Mythe : il faut éviter les graisses, donc les aliments allégés sont toujours plus sains.

    L'idée selon laquelle « faible en matières grasses » équivaut à « sain » trouve ses racines dans les années 1990, lorsque les graisses alimentaires étaient largement tenues pour responsables de la prise de poids et des maladies cardiaques.8 En réponse, les produits allégés ont été commercialisés comme l'option la plus saine, tandis que les aliments contenant des matières grasses étaient souvent considérés comme à éviter.

    Cependant, les graisses ne se résument pas un ingrédient unique ayant un effet unique sur l'organisme. Les différents types de graisses ont des effets différents sur notre santé. Améliorer son régime alimentaire n’implique pas nécéssairement d'éliminer les graisses, mais de choisir des sources de graisses plus saines :9

    • Les graisses insaturées, présentes dans des aliments tels que l'huile d'olive, les noix, les graines, l'avocat et les poissons gras, sont associées à une meilleure santé cardiaque et à des effets anti-inflammatoires que les graisses saturées.10,11,12
    • A l’inverse, les graisses saturées, que l'on trouve notamment dans le beurre, la crème, le fromage, les viandes rouges et transformées, l’huile de palme, l’huile de coco et l’huile d’avocat, ainsi que les graisses trans, présentes dans certains produits de boulangerie, les aliments frits et les snacks industriels, doivent être limitées pour protéger la santé cardiovasculaire.10

    Les recommandations alimentaires préconisent que :

    • Les lipides ne représentent pas plus de 30 % de l'apport énergétique quotidien d'un adulte (soit environ 67 g/jour pour un régime de 2 000 kcal, ou 83 g/jour pour un régime de 2 500 kcal),
    • La part des graisses saturées doit être maintenue en dessous de 10 % (soit environ 22 g/jour pour un régime de 2 000 kcal, ou 28 g/jour pour un régime de 2 500 kcal).
    • Les acides gras trans doivent être évités autant que possible.10 Dans l'UE, les graisses trans produites industriellement sont réglementées, avec une limite maximale de 2 g pour 100 g de matières grasses dans les aliments.13

    Idée fausse : l’« aura de santé » des allégations « faible en matières grasses ».

    Ce mythe est alimenté par un « effet de halo de santé » 9: Lorsqu’un aliment met en avant une caractéristique positive, telle que le fait d’être « faible en matières grasses » ou « sans matières grasses », nous avons davantage tendance à supposer que l’ensemble du produit est sain. Cette seule allégation peut occulter d’autres aspects nutritionnels importants, comme des teneurs élevées en sucres ajoutés, en sel ou en glucides raffinés.

    Ainsi, cet effet de halo peut influencer la quantité que nous consommons. Les consommateurs ont tendance à croire que les produits allégés en matières grasses contiennent moins de calories et ils surestiment alors la taille appropriée des portions.14 Une allégation « allégé en matières grasses » peut nous donner inconsciemment le droit de manger davantage, ce qui peut annuler tout bénéfice potentiel lié à la teneur réduite en matières grasses.15

    Les aliments allégés ne sont pas intrinsèquement « bons » ni « mauvais » pour la santé. Seuls ceux dont les graisses ont été éliminées sans ajout de sucres, de sel ni de calories supplémentaires, peuvent constituer un choix judicieux. Par exemple, les produits laitiers allégés comme le lait écrémé ou le yaourt allégé fournissent toujours des protéines et du calcium tout en contenant moins de graisses saturées et peuvent convenir aux personnes ayant des objectifs alimentaires spécifiques ou des besoins médicaux particuliers. Cependant, comme certaines vitamines liposolubles sont associées à la fraction lipidique, certains nutriments, tels que la vitamine D, peuvent être présents en quantités moindres, à moins qu’ils ne soient ajoutés par enrichissement.

    L'essentiel est de ne pas se fier uniquement aux allégations nutritionnelles et aux promesses écrites sut les emballages. Si vous voyez « faible teneur en matières grasses » ou « sans matières grasses » sur un emballage, prenez le temps de vérifier le tableau nutritionnel et la liste des ingrédients. Examinez l'équilibre global des nutriments pour comparer les produits allégés et normaux, et choisir l'option la plus saine.

    Les références

    1. Regulation (EC) No 1924/2006 of the European Parliament and of the Council of 20 December 2006 on nutrition and health claims made on foods. Accessed 18 June 2024.
    2. ‘Gaining consumer acceptance of low-fat foods’ (2006). In: Improving the fat content of foods. Cambridge, UK: Woodhead Publishing. pp. 236–251.
    3. Cerqueira MAP & Pastrana LM (eds.) (2023). Fat mimetics for food applications. Hoboken, NJ, USA: Wiley.
    4. Nguyen PK, Lin S & Heidenreich P (2016). A systematic comparison of sugar content in low-fat vs regular versions of food. Nutrition & Diabetes 6(1):e193.
    5. John KA, et al. (2016). Do lower calorie or lower fat foods have more sodium than their regular counterparts? Nutrients 8(8):511.
    6. World Health Organization website, ‘Sodium reduction’. Accessed 7 January 2026.
    7. World Health Organization Regional Office for Europe website, ‘Sugars factsheet’. Accessed 10 December 2025.
    8. Billingsley HE, et al. (2018). Dietary fats and chronic noncommunicable diseases. Nutrients 10(10):—.
    9. Liu AG, et al. (2017). A healthy approach to dietary fats: understanding the science and taking action to reduce consumer confusion. Nutrition Journal 16(1):53.
    10. World Health Organization (2023). Saturated fatty acid and trans-fatty acid intake for adults and children: WHO guideline. Geneva, Switzerland: WHO.
    11. Coniglio S, Shumskaya M & Vassiliou E (2023). Unsaturated fatty acids and their immunomodulatory properties. Biology 12(2):279.
    12. World Health Organization website, ‘WHO updates guidelines on fats and carbohydrates’. Accessed 19 October 2025.
    13. European Commission. (2019). Commission Regulation (EU) 2019/649 amending Annex III to Regulation (EC) No 1925/2006 on trans fat (excluding naturally occurring trans fat in animal fat). Official Journal of the European Union, L110, 17–20.
    14. Oostenbach LH, et al. (2019). Systematic review of the impact of nutrition claims related to fat, sugar and energy content on food choices and energy intake. BMC Public Health 19(1):1296.
    15. Chan C, Patch C & Williams P (2005). Australian consumers are sceptical about but influenced by claims about fat on food labels. European Journal of Clinical Nutrition 59:148–151.